Rappel de grammaire générale ¶
La voix passive est une tournure de phrase dans laquelle le sujet grammatical du verbe ne désigne pas l’entité qui accomplit le procès exprimé par celui-ci.
Ex : Les enfants apprennent leur leçon. → coïncidence entre le sujet grammatical (GN les enfants) et l’entité qui accomplit le procès d’ « apprendre » : voix active
Les impôts sont désormais prélevés à la source. → le sujet grammatical (GN les impôts) ne désigne pas l’entité qui accomplit le procès de « prélever » : voix passive.
I. Le passif personnel ¶
En latin comme en français, ce sont les verbes transitifs directs (dont le COD est à l’accusatif) qui sont susceptibles de devenir les noyaux de phrases à la voix passive. Dans ce cas :
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le COD du verbe actif devient sujet du verbe passif ;
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le verbe s’accorde avec ce dernier à la voix passive (pour la morphologie du passif en latin, cf. les fiches de conjugaison ;
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le sujet du verbe actif peut devenir complément d’agent (mais son expression n’est pas obligatoire), qui prend en latin la forme d’un syntagme prépositionnel a(b) + ablatif.
Les autres constituants de la phrase ne changent ni de fonction ni de forme.
Ciues statuam ante templum posuerunt. « Les citoyens érigèrent une statue devant le temple. »
→ Statua ante templum a ciuibus posita est. « Une statue fut érigée par les citoyens devant le temple. »
C’est ce que l’on appelle le passif personnel (= le procès au passif est rapporté à une entité spécifique qui est son S).
L’expression d’un complément d’agent n’est jamais obligatoire : il peut arriver soit que l’information ne soit pas jugée importante, soit précisément que l’on ne connaisse pas l’identité de l’entité qui accomplit le procès.
Multi serui Romam ex Africa ferebantur.
« De nombreux esclaves étaient amenés d’Afrique à Rome. »
Per proelium Sabinae puellae raptae sunt.
« Pendant le combat des jeunes filles sabines furent enlevées. »
Nocte consulis domus deleta est.
« Pendant la nuit la maison du consul a été dévastée. »
Un verbe passif sans complément d’agent peut dès lors se traduire par une tournure active dans laquelle le verbe a pour sujet le pronom indéfini « on » : par exemple, pour la dernière phrase, « Pendant la nuit on a dévasté la maison du consul. »
II. Le passif impersonnel ¶
Il existe également en latin un passif impersonnel : le verbe passif, toujours à la 3e personne du singulier, ne reçoit pas de S, car la finalité de la phrase est d’informer de l’accomplissement d’un procès indépendamment de son objet (en français, dans une première traduction littérale, on recourt comme sujet au pronom neutre « il », dit impersonnel).
Legebatur a pueris.
litt. « Il était lu (= l’action de lire était accomplie) par les enfants. » → transposition à l’actif dans la traduction : « Les enfants lisaient. »
Le passif impersonnel s’emploie fréquemment sans complément d’agent, et il concerne non seulement les verbes transitifs directs (qui peuvent être transposés au passif personnel) mais aussi les autres verbes, transitifs indirects ou intransitifs, dont la seule forme passive existante est donc la 3e personne du singulier de chaque temps.
Ludatur.
litt. « L’action de jouer est accomplie. » → « On joue. »
Exitur.
« On sort. »
Saepe de illo uiro dictum est.
« On a souvent parlé de cet homme. »
Tibi loquenti paretur.
« On t’obéit quand tu parles. »
III. Sens moyen du passif ¶
Un verbe passif peut parfois présenter un sens correspondant en français à une tournure pronominale réfléchie. Il existait en indo-européen une troisième voix grammaticale, le moyen, dont un des sens possibles consistait à spécifier que le sujet accomplit le procès sur lui-même. La voix moyenne, qui a été conservée en grec ancien, a disparu en latin, mais certaines de ses valeurs ont fusionné avec le passif.
C’est le contexte qui conduit à déterminer si une forme passive en latin recouvre un sens passif ou moyen :
Pueri a matre sua lauantur. « Les enfants sont lavés par leur mère. » (sens passif, pour lequel la présence d’un complément d’agent constitue un indice – pas nécessairement présent toutefois, comme on l’a vu)
Pueri in flumine lauantur. « Les enfants se lavent / baignent dans la rivière. » (sens moyen)
Puella splendida tunica induta est ut amato uiro pulchra uideretur. « La jeune fille s’est revêtue d’une magnifique tunique pour paraître belle à l’homme qu’elle aime. »
IV. Les verbes déponents ¶
Les verbes déponents sont les seuls qui ne peuvent se conjuguer au passif. Dès lors, on recourt à des expressions ou tournures périphrastiques pour exprimer au passif la notion verbale d’un verbe déponent.
Quelques exemples seulement :
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« admirer » admirari → « être admiré » admirationem mouere (litt. « susciter / provoquer l’admiration »)
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« soupçonner » suspicari → « être soupçonné » in suspicionem uenire (litt. « venir à / être en butte à la suspicion »)
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« utiliser » uti + datif → « être utilisé » usui esse (litt. « être à / en usage »)
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« craindre » uereri → « être craint » timeri (passif d’un verbe synonyme de forme active)
V. Le complément d’agent et le complément circonstanciel de moyen ou de cause ¶
Il importe de bien distinguer le complément d’agent (être animé pourvu de volonté et, comme tel, susceptible de décider d’accomplir une action) du complément circonstanciel de moyen ou de cause, sachant que les deux peuvent prendre en français la même forme, ce qui s’avère source de confusion dans l’environnement d’un verbe passif.
Nauis a piratis deleta est. « Le navire a été détruit par des pirates. » (êtres animés, donc complément d’agent)
Nauis procella deleta est. « Le navire a été détruit par une tempête. » (élément inanimé, donc complément circonstanciel de cause, à l’ablatif sans préposition en latin)

