I. Principes généraux ¶
La subordonnée relative fait partie des expansions du nom, c’est-à-dire qu’elle se greffe sur un élément nominal (substantif, GN ou pronom) sur lequel elle apporte des précisions et qu’elle contribue à déterminer : elle est donc, à l’instar des autres expansions du nom que sont les adjectifs épithètes et les compléments du nom, complément de détermination de cet élément nominal que l’on appelle antécédent.
A) L’élément relatif ¶
La subordonnée relative est introduite par un mot relatif qui peut être :
-
un pronom-adjectif relatif (cf. fiche « Les pronoms-adjectifs relatifs ») ;
-
un adverbe relatif, notamment de lieu : ubi, quo, unde et qua (ils sont homonymes des adverbes interrogatifs de lieu ; pour la distinction entre les quatre relations spatiales qu’ils expriment respectivement, cf. fiche « Les compléments circonstanciels de lieu ».
Quelle que soit sa nature, cet élément a une portée référentielle : il représente son antécédent à l’intérieur de la relative.
Comme en français, le pronom relatif prend :
-
le genre et le nombre de son antécédent ;
-
la forme voulue par la fonction grammaticale qu’il occupe au sein de la proposition relative (NB. Le pronom relatif est, avec le pronom personnel, la dernière catégorie de mot qui conserve en français la trace d’un reste de déclinaison : qui, que, quoi, dont), c’est-à-dire en latin le cas requis par cette construction.
Vidi hominem qui legebat.
« J’ai vu un homme qui lisait. » (sujet de legebat)
Vidi hominem quem nouisti.
« J’ai vu un homme que tu connais. » (COD de novisti)
Vidi hominem cuius liberi amici meorum sunt.
« J’ai vu un homme dont les enfants sont amis avec les miens. » (complément du nom liberi)
Vidi hominem cui imperator curam dedit.
« J’ai vu l’homme à qui le général a donné une tâche. » (COS de dedit)
B) Le mode verbal dans les relatives ¶
Le verbe d’une subordonnée relative est ordinairement à l’indicatif. Le subjonctif dans une relative teinte cette dernière d’une nuance circonstancielle qu’il s’agit de déterminer selon le contexte et d’exprimer dans la traduction.
1. Les deux colorations circonstancielles les plus fréquentes sont le but et la conséquence ¶
Legatos misimus qui pacem ab hostibus peterent.
« Nous avons envoyé des émissaires qui puissent demander / pour demander la paix aux ennemis. »
In liberorum nostrorum schola est magister quo nemo doctior inueniatur.
litt. « Dans l’école de nos enfants se trouve un maître tel que plus savant que lui personne ne soit trouvé. » → « tel qu‘on ne saurait trouver personne de plus savant », « tel que personne n’est susceptible d’être trouvé plus savant que lui ».
Cette coloration circonstancielle consécutive s’est développée de sorte qu’une relative au subjonctif en vient souvent à exprimer une caractéristique intrinsèque de l’antécédent :
Tibi maxime dona placent propter quae fama tua crescat.
« Tu apprécies surtout les cadeaux grâce auxquels ta réputation est susceptible de croître. » / « … cadeaux susceptibles / capables de faire croître ta réputation. »
C’est notamment cette valeur qui est à l’origine de la tournure présentative est / sunt qui + subjonctif :
Sunt quibus imperare uoluptati sit.
« Il y a des gens pour qui commander est un plaisir. » (litt. « tels que pour eux… »)
2. Une relative au subjonctif peut également être empreinte d’une coloration causale, concessive ou hypothétique ¶
Ille dux missus est qui in illa regione natus esset.
« Ce commandant a été envoyé parce qu‘il est né dans cette région-là. »
Une valeur circonstancielle causale est souvent spécifiée par une particule devant l’élément relatif : quippe qui…, utpote qui…
Puer boues neglegit quos dominus bene curare iusserit.
« L’esclave néglige les bœufs dont son maître lui a pourtant ordonné de prendre bien soin. » ou « bien que son maître lui ait ordonné d’en prendre bien soin »
Nocens sit uir cuius uxor domi semper claudatur.
« Coupable serait un mari dont la femme serait toujours enfermée à la maison. » ou « si sa femme était toujours enfermée… » [modalité hypothétique potentielle, d’où le subjonctif présent dans les deux propositions]
II. Particularités de construction ¶
A ¶
Quelquefois, on peut rencontrer – comme en français, là encore – des relatives sans antécédent, notamment quand elles ont une portée indéfinie / généralisante. Dans ce cas, on parle de relative substantive : au lieu de se comporter comme un complément de détermination d’un élément nominal, elle occupe elle-même la place et la fonction d’un élément nominal dans la proposition.
[Qui bene amat] bene castigat.
« Qui (= celui qui) aime bien châtie bien. » (qui est sujet d’amat ; l’intégralité de la relative qui bene amat est sujet du verbe principal castigat)
Puta amicos esse [quoscumque hortor ut te uisant].
« Considère que sont des amis tous ceux à qui je conseille de te rendre visite. » (quoscumque est COD d’hortor ; l’intégralité de la relative est sujet du verbe de la proposition infinitive esse)
[Quibus non fido] domum non uoco.
« Je n’invite pas chez moi les gens en qui je n’ai pas confiance. » (quibus est COI de fido ; l’intégralité de la relative est COD de uoco)
C’est également un cas de figure proche lorsqu’une relative a pour antécédent l’intégralité d’une proposition, dans une démarche le plus souvent parenthétique ; elle est ordinairement introduite par le pronom relatif neutre quod, au cas voulu par sa fonction dans la relative.
Numquam illum librum legi, cuius me paenitet.
« Je n’ai jamais lu ce livre, ce que / chose que je regrette. »
B ¶
Il arrive qu’un substantif ou un GN antécédent soit attiré dans la relative : il prend alors le cas du mot relatif, lequel est dès lors adjectif (formant GN avec le substantif en question). Il peut arriver que le substantif soit rappelé dans la proposition principale qui suit par une forme du pronom anaphorique is, ea, id, mais cela n’est pas systématique.
Quas litteras scripsisti, (eae) mihi iucundissimae fuerunt.
« La lettre que tu m’as écrite m’a été très agréable. » (transformation de Litterae, quas scripsisti, mihi iucundissimae fuerunt.)
Quae egemus bella bene nouisti.
« Tu connais bien les guerres que nous avons menées. »
Cela se produit notamment quand l’antécédent occuperait la fonction d’une apposition : dès lors, c’est la relative dans son ensemble, devenue substantive, qui occupe cette fonction d’apposition.
Lucius Mummius in Graeciam transiit, quos fines Romani iamdudum sub potestatem suam redigere cupiebant.
« Lucius Mummius fit la traversée vers la Grèce, territoire que les Romains désiraient depuis longtemps soumettre à leur pouvoir. »
C ¶
Quand la construction du pronom relatif à l’intérieur de la relative nécessite une préposition qui est déjà employée pour la construction de l’antécédent, cette préposition n’est pas répétée.
Auxilium a sociis petierunt quibus (= * a quibus) iam pecuniam acceperant.
« Ils demandèrent de l’aide aux alliés desquels ils avaient déjà reçu de l’argent. »
Mais, dans ce cas, on observe fréquemment une attraction de l’antécédent au sein de la relative (cf. supra B) : Auxilium petierunt a quibus sociis iam pecuniam acceperant.
D ¶
Un relatif sujet ou COD qui reçoit un attribut au sein de la relative connaît d’ordinaire une attraction de genre et de nombre : il prend par anticipation ceux de l’attribut au lieu de ceux de l’antécédent.
Lutetiam petemus, quod (au lieu de quae) est Galliae caput.
« Nous nous rendrons à Lutèce qui est la capitale de la Gaule. »
E ¶
Quand plusieurs relatives ayant le même antécédent sont coordonnées :
- on ne répète pas le pronom relatif si celui-ci doit être au même cas que le premier ;
Amamus philosophos qui sapientiam colunt et boni sunt.
« Nous aimons les philosophes qui pratiquent la sagesse et (qui) sont des hommes de bien. »
- s’il occupe une fonction grammaticale différente dans la deuxième relative, le pronom relatif est d’ordinaire remplacé par la forme correspondante du pronom is, ea, id.
Amamus philosophos qui sapientiam colunt eorumque sumus discipuli.
« Nous aimons les philosophes qui pratiquent la sagesse et dont nous sommes les disciples. »
F ¶
Le relatif peut ne pas se construire avec le verbe conjugué de la relative (il n’a aucune fonction syntaxique par rapport à ce dernier) mais avec un élément verbal de niveau syntaxique inférieur au sein de la relative (participe apposé ou proposition subordonnée enchâssée). De telles constructions, que l’on observe encore dans le français classique jusqu’au XVIIIe siècle, ne sont plus correctes aujourd’hui, et il convient dès lors, après une première traduction littérale qui met en évidence la construction des éléments, de reformuler, en veillant toutefois à exprimer un lien de dépendance (notamment circonstancielle) entre les deux procès.
Pauci sunt amici in quos incidens gaudeo.
litt. « Peu nombreux sont les amis que rencontrant je me réjouis. » (relatif CO d’incidens, participe apposé au sujet de gaudeo) → « Peu nombreux sont les amis que je me réjouis de rencontrer. »
Copiae timendae sunt quae cum aggressae sunt Romani fugerunt.
« Il faut redouter les troupes qui quand elles ont attaqué les Romains se sont enfuis. » (relatif sujet d’aggressae sunt, verbe d’une subordonnée temporelle introduite par cum enchâssée dans la relative) → « Il faut redouter les troupes qui en attaquant / par leur attaque ont fait fuir les Romains. » ou « dont l’attaque a fait fuir les Romains »
G ¶
Le latin fait un usage très fréquent du relatif de liaison : il s’agit d’un pronom relatif placé en tête de phrase et qui équivaut à :
-
une coordination (dont la valeur est à tirer du contexte : simple succession, adjonction, cause ou conséquence)
-
ET la forme correspondante du pronom anaphorique is, ea, id, dont le référent se situe dans la phrase précédente.
Legati Pompeium inuenerunt. Quem (= et eum) interfecerunt.
« Les envoyés ont trouvé Pompée. Et / Puis ils l’ont tué. »
Fratrem audi. Cuius (= eius enim) consilia bona sunt.
« Écoute ton frère. Car ses conseils sont bons. »
Dans cette construction, le relatif neutre quod peut avoir pour référent l’ensemble d’un développement antérieur :
Quod (= id autem) cum diceret, Patres omnes eum probauerunt.
« Or, comme il disait cela, tous les sénateurs l’approuvèrent. »
III. Les relatives comparatives ¶
Ce sont originellement des subordonnées relatives qui, en raison de la portée sémantique spécifique de certains pronoms-adjectifs relatifs, ont permis d’exprimer des comparaisons de diverses natures. Le latin recourt le plus souvent, dans ce cadre, à une corrélation (présence dans la principale d’un élément déictique en lien avec l’élément relatif). En outre, les subordonnées à valeur comparative sont souvent elliptiques (les mots communs avec la proposition principale ne sont pas répétés).
Talis filius est qualis pater.
« Le fils est tel / de la même sorte que son père. »
Numquam tantam urbem uidi quanta Roma(sous-entendu est).
« Jamais je n’ai vu une ville aussi grande que (ne l’est) Rome. »
Æmilio tot (ou tam multi) libri sunt quot (ou quam multi) Fabio.
« Émilius a autant de livres / des livres aussi nombreux que Fabius. »
C’est également une subordonnée relative qui peut compléter le pronom-adjectif idem :
Romani certe eosdem deos precabantur quos Graeci.
« Les Romains priaient assurément les mêmes dieux que les Grecs. »
Quand le latin place la subordonnée en première position dans la phrase, l’idée comparative est la même d’un point de vue pragmatique, mais cela correspond, dans l’ordre de dévoilement des membres de l’analogie, à notre structure juxtaposée :
Qualis pater, talis filius.
« Tel père, tel fils. »
Quot proelia, tot uictoriae.
« Autant de batailles, autant de victoires. »
C’est à partir de structures relatives corrélatives que s’est développée l’expression de la comparaison. Pour un panorama plus complet, cf. fiche « Les subordonnées circonstancielles de comparaison et l’expression de la comparaison ».

