L’emploi des modes et des temps dans les propositions non dépendantes ¶
Dans les propositions subordonnées, le mode voire le temps grammatical du verbe sont régis par la nature de la subordonnée et peuvent éventuellement dépendre du choix de la conjonction de subordination (cf. les nombreuses fiches consacrées aux différents types de propositions subordonnées dans la suite de cette section).
En revanche, dans les propositions non dépendantes – c’est-à-dire les propositions indépendantes ou principales, qui ont en commun de ne pas se rattacher à une autre proposition –, le choix des modes verbaux dépend de différentes modalités de l’énoncé.
Le terme de « modalité » peut recouvrir en grammaire et en linguistique différents sens et recouvrir diverses catégories, mais nous l’employons comme terme générique englobant les différentes attitudes possibles du locuteur vis-à-vis de ce qu’il énonce.
Il convient ainsi de s’intéresser notamment aux rubriques suivantes :
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la façon dont le locuteur apprécie le rapport entre le procès qu’il énonce et la réalité : on distingue dès lors trois degrés :
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le réel : le procès énoncé est présenté comme ressortissant à la sphère de la réalité, comme actualisé ;
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le potentiel : le procès énoncé est présenté comme non réalisé mais son actualisation est appréhendée comme possible ;
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l’irréel : le procès énoncé est présenté comme non réalisé et non destiné à l’être ;
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la façon dont la subjectivité du locuteur se manifeste dans son énoncé : il peut ainsi
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chercher à influer sur son interlocuteur ou son auditoire en l’amenant à agir ou à penser d’une certaine manière : modalité injonctive ou jussive ;
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exprimer son ressenti vis-à-vis de la réalité, ou la distorsion entre ce à quoi il aspire et ce qu’il constate : modalité optative.
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I. Les différents modes exprimant un rapport du procès à la réalité ¶
A. Le mode réel ¶
L’indicatif, dont l’emploi est de loin le plus courant dans la langue, est le mode du réel : le procès énoncé est envisagé par le locuteur comme relevant de la réalité, quel que soit son ancrage temporel.
Le mode réel s’accommode de diverses formes phrastiques (interrogation, exclamation, négation) :
Saepe pueri patres suos admirantur.
« Les jeunes garçons admirent souvent leurs pères. »
Numquam iste ager magno fructui illi agricolae erit.
« Jamais ce champ ne rapportera un grand profit à ce paysan. »
Vxoremne Marcus iam duxit ?
« Marcus a-t-il désormais pris une épouse ? »
1. Les valeurs des temps de l’indicatif ¶
Les valeurs des temps de l’indicatif en latin correspondent globalement à celles des temps de l’indicatif en français. À chaque temps de l’infectum correspond un temps du perfectum qui marque à la fois une antériorité temporelle et un aspect accompli (procès achevé entraînant un résultat dans la sphère temporelle correspondante), selon la répartition suivante :
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présent / parfait
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imparfait / plus-que-parfait
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futur / futur antérieur
Il convient d’être particulièrement attentif à la façon de traduire un verbe au parfait :
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quand il marque une antériorité par rapport à un procès relevant de la sphère temporelle du présent, on le traduit, selon la répartition en usage en français :
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par un passé simple dans un récit ;
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par un passé composé dans un discours ;
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quand il marque une antériorité par rapport à un procès relevant de la sphère temporelle du passé, ce qui se produit notamment dans les propositions subordonnées (antériorité relative au procès de la proposition principale), on le traduit :
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le plus souvent par un plus-que-parfait ;
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spécifiquement dans les subordonnées circonstancielles temporelles par un passé antérieur (seul cadre syntaxique dans lequel ce temps est encore d’usage en français).
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Quelques emplois particuliers des temps de l’indicatif en latin :
- Il existe, comme en français, un présent de narration (également appelé parfois présent historique) : dans un récit, énonciation d’un fait passé au présent pour des raisons stylistiques (vivacité, actualisation, hypotypose, etc.).
Proelium diu dubium fuit. Sociorum autem copiae adueniunt Romanique statim uincunt.
« L’issue du combat fut longtemps incertain. Mais les troupes des alliés arrivent et aussitôt les Romains remportent la victoire. »
- Comme en français encore, le présent peut être usité pour exprimer un fait futur présenté comme imminent (futur proche), ce qui se laisse percevoir en fonction du contexte.
Amico meo profecto, iam litteras scribo.
« Comme mon ami est parti, je vais à présent écrire une lettre. »
- Le présent et l’imparfait peuvent être dotés d’une portée conative (à déterminer, là encore, en fonction du contexte) : dès lors ils n’expriment pas la réalisation d’un procès mais la tentative ou les efforts faits pour l’accomplir.
Domum aliquam emo.
« Je cherche à acheter une maison. »
Romani impediebant ne Poeni Vrbem appropinquarent.
« Les Romains s’efforçaient d’empêcher / cherchaient à empêcher les Carthaginois d’approcher de Rome. »
- Plus souvent que le passé composé en français, le parfait est employé moins pour l’antériorité temporelle qu’il peut exprimer que pour son aspect accompli : il stipule qu’un procès est achevé au moment de l’énonciation et fait porter l’attention sur son résultat. C’est pourquoi le parfait peut parfois se traduire par un présent :
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dans certains contextes : uixit, « il a vécu », action achevée dont on peut rendre la portée pragmatique par « il est mort »
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certains verbes au parfait se traduisent systématiquement par des présents : memini « je me souviens » (résultat de l’accomplissement préalable du procès de remémoration) ; odi « je hais » ; sueui / assueui / consueui « j’ai l’habitude », « je suis habitué » ; noui / cognoui « je sais » (puisque précédemment j’ai terminé l’action d’ « apprendre », (cog)noscere à l’infectum) ; etc.
Cette notion d’aspect permet l’expression de nuances subtiles ; ainsi :
Templum clauditur.
« Le temple est en train d’être fermé. » (présent passif ; les temps de l’infectum ont une valeur aspectuelle dite sécante, c’est-à-dire qu’ils présentent le procès dans le cours de sa réalisation, sans prise en considération de son achèvement)
Templum clausum est.
« Le temple a été fermé. » (parfait passif : procès passé mais qui entraîne un résultat et a donc des conséquences dans le présent : le temple est toujours fermé au moment où le locuteur s’exprime, si bien que l’on peut traduire, selon l’information jugée importante dans l’énoncé en contexte, par « Le temple est fermé. »)
Templum clausum fuit.
« Le temple a été fermé. » (forme surdéterminée de parfait passif [avec un auxiliaire lui-même au parfait] : procès passé mais dont le résultat est cantonné au passé et n’a plus de lien avec le présent, ce qui implique que le temple a été rouvert dans l’intervalle)
- Le parfait de description est usité en latin, notamment dans les portraits, là où le français emploie l’imparfait.
Æmilius fuit magna statura et ingenti ui.
« Émile était d’une grande taille et d’une force prodigieuse. »
- Dans les maximes et les vérités générales, le latin peut employer, au lieu du présent de vérité générale (valeur du présent qui existe également, comme en français), le parfait gnomique, également appelé parfait d’expérience quand il s’agit d’un constat général résultant de l’expérience du locuteur.
Labore semper puer doctus factus est.
« Toujours par le travail un enfant devient savant. » (constat répété dans le passé)
- Dans les lettres, le latin recourt au passé épistolaire : tandis qu’en français celui qui écrit une lettre se transporte mentalement au moment où elle sera lue par le destinataire et emploie dès lors le présent (illusion d’échange direct et immédiat), en latin il manifeste sa conscience de l’antériorité des actes sur le moment de la lecture et emploie donc, selon des différences aspectuelles, l’imparfait ou le parfait.
Nocte tibi scripsi.
« Je t’écris (litt. ai écrit) pendant la nuit. »
Cic., Att., II, X : Nihil habebam quod scriberem, neque enim noui quicquam audieram.
« Je n’ai (litt. avais) rien à écrire, car je n’ai rien appris (litt. avais appris) de nouveau. »
2. Quelques cas particuliers d’emploi de modes grammaticaux autres que l’indicatif en contexte énonciatif ¶
- Dans une phrase interrogative, quand le locuteur exprime à la 1re personne (singulier ou pluriel) un doute sur l’action à accomplir, on rencontre le subjonctif de délibération (que l’on peut rendre, autant que possible, par un infinitif en français), qui est un subjonctif présent.
Quid faciam ?
« Que faire ? » ou, si l’on juge nécessaire de manifester la personne grammaticale, « Que dois-je / me faut-il faire ? »
Vtrum forum eam an domi maneam ?
« Irai-je au forum ou resterai-je chez moi ? »
Au discours indirect (ou indirect libre) en contexte passé, transposition de ce subjonctif de délibération au subjonctif imparfait selon les règles de la concordance des temps :
Legati dubitabant loquerenturne.
« Les émissaires hésitaient s’ils devaient parler / s’ils parleraient / à parler. »
Il s’agit ici d’une transposition de ce que se sont demandé les émissaires au discours direct : Loquamur ? (« Nous faut-il parler ? »)
≠ nuance que le français ne distingue pas toujours bien avec une interrogation au mode réel portant sur l’avenir : Legati rogabant quando locuturi essent. « Les émissaires demandaient quand ils parleraient. » (avec l’expression d’une postériorité, il n’y a plus doute sur le procès en lui-même, donc pas de subjonctif de délibération)
- Le latin connaît, outre le présent de narration, également un infinitif de narration (le sujet et tous les éléments relevant de la sphère du sujet demeurent au nominatif), qui représente, par rapport au présent de narration, un degré supplémentaire dans la vivacité et l’immédiateté du procès tel qu’il est présenté par le locuteur aux destinataires. L’infinitif de narration existe également en français, mais il est d’un emploi désormais très rare, littéraire et archaïsant, si bien que l’on ne peut pas l’employer dans n’importe quelle phrase ; dès lors, on peut lui substituer le présent de narration, qui est le plus proche du point de vue de la valeur linguistique et stylistique.
Puero loquente, omnes ridere.
« Aux paroles du jeune garçon, tous de rire. »
Ii non desinere comites suos in sues mutatos conspicere.
« Eux ne cessent de contempler leurs compagnons changés en porcs. »
- Une phrase exclamative peut avoir un noyau verbal à l’indicatif, notamment quand est employé un mot exclamatif quelconque (cf. fiche « L’exclamation », mais elle peut également recourir à un infinitif d’exclamation (le sujet et tous les éléments relevant de la sphère du sujet sont à l’accusatif) ; la phrase peut éventuellement comporter une particule -ne.
Quantus exercitus Caesari est !
« Quelle grande armée a César ! »
Istumne lenonem iustam poenam fugere !
« Que cet entremetteur échappe à un châtiment mérité ! »
- Ce dernier exemple, sous cette forme, exprime par la tournure exclamative à l’infinitif un étonnement ou une indignation. S’il s’agit de franchir un degré supplémentaire et d’exprimer une protestation, le latin emploie la tournure interrogative avec un subjonctif (aux différents temps possibles).
Tu ab illa pulchra puella ameris ?
« Toi, tu recevrais l’amour de cette belle jeune fille ! »
Ego tibi irascerer ?
« Moi, je me serais fâché contre toi ? » (Cic., Quint. I, III, 1)
B. Le mode potentiel ¶
Le potentiel présente un procès comme susceptible de se réaliser dans l’avenir, dont la possibilité d’actualisation est en tout cas ouverte : cette modalité s’exprime au subjonctif présent ou parfait (entre lesquels il existe ici une différence d’aspect verbal plutôt que de temporalité : c’est le caractère accompli / achevé et résultatif du procès qui est exprimé par le parfait, non une antériorité chronologique).
En dehors des systèmes hypothétiques (cf. fiche « Les systèmes hypothétiques » XXX PAS TROUVEE XXX), la modalité potentielle en proposition non dépendante se rencontre principalement pour exprimer :
- une simple possibilité (que l’on peut traduire par un conditionnel ou en recourant au verbe modalisateur « pouvoir ») :
Dicat / Dixerit aliquis…
« On dirait… » ou « On pourrait dire… »
Mihi placeat amicum tuum cognoscere.
« Il me plairait de / J’aurais plaisir à faire la connaissance de ton ami. »
- une affirmation atténuée (surtout au subjonctif parfait à la 1re personne du singulier), qui peut éventuellement répondre à des critères de politesse quand il s’agit d’atténuer la rudesse d’un propos :
Velim te me uisere.
« Je voudrais que tu me rendes visite. » (le désir est bien réel mais il est ainsi exprimé de manière moins contraignante)
Dixerim consilium tuum non utile fuisse.
« Je dirais volontiers que ton conseil n’a pas été utile. » (permet ici d’atténuer une critique en la présentant de façon moins virulente, notamment dans le but de la faire accepter plus aisément sans braquer l’interlocuteur)
- une indéfinition : à la 2e personne du singulier, généralité indéterminée équivalant au français « on »
Saepe cogitans ad ueritatem accedas.
« Souvent en réfléchissant / si l’on réfléchit on se rapproche de la vérité / réalité. »
Hominibus animam immortalem esse putaueris.
« On penserait / peut penser que les êtres humains ont une âme immortelle. »
Dérive de cette valeur de potentiel l’emploi du subjonctif de concession ou de supposition, qui transpose sous la forme d’une proposition indépendante une subordonnée circonstancielle de valeur équivalente (construction paratactique) ; l’adverbe de négation est ne.
Istam puellam frater meus uxorem ducat : diuitiae eius perierunt !
« Que mon frère épouse cette femme : ses richesses ont disparu ! » (= « Supposons que… / Admettons que… »)
Ne Aulo omnia uitia sint, auarissimus certe est.
« Admettons qu‘Aulus n’ait pas tous les défauts, du moins est-il très cupide ! »
NB. Formule figée à retenir : uelim nolim, « que je le veuille ou non », « avec mon consentement ou contre mon gré ».
C. Le mode irréel ¶
L’irréel énoncé un procès qui est appréhendé comme non réalisé, contraire à ce que l’on constate dans la réalité
- dans le présent (irréel du présent) : subjonctif imparfait ;
Optimus fur fieres.
« Tu deviendrais un très bon voleur. » (sous-entendu : « mais ce n’est pas le cas »)
His libris delectaremini.
« Vous seriez charmés par ces livres. » (sous-entendu : « mais vous ne l’êtes pas », puisque vous ne les avez pas lus)
- soit dans le passé (irréel du passé) : subjonctif plus-que-parfait.
Magis laborando omnia incepta perfecisset.
« En travaillant davantage il aurait mené à bien toutes ses entreprises. »
Patris nostri pecunia illos equos emissemus.
« Grâce à l’argent de notre père nous aurions acheté ces chevaux. »
- Le subjonctif imparfait s’emploie parfois pour énoncer un procès dont on constate qu’il n’est pas réalisé dans le présent mais qui pouvait l’être dans le passé : potentiel du passé, dont l’expression se confond en français avec l’irréel du passé. L’insistance sur l’un ou l’autre angle se détermine en fonction du contexte.
Crederes eum mentiri.
« On aurait cru / pouvait croire qu’il mentait. »
Quis talem improbitatem suspicaretur ?
« Qui aurait soupçonné / pouvait soupçonner une malhonnêteté de cette sorte ? »
- Un certain nombre de verbes ou d’expressions verbales peuvent, du fait de leur sémantisme propre, exprimer en contexte un mode irréel du point de vue linguistique sans que cela transparaisse dans le mode verbal, en étant donc usités à l’indicatif (ce qui se conçoit logiquement dans la mesure où l’idée verbale existe dans la réalité, quand bien même elle ne s’actualise pas). Il en va ainsi :
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des verbes exprimant la possibilité (possum, licet, etc.) ou l’obligation (debeo, oportet, decet, etc.) ;
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d’expressions impersonnelles [ esse + adjectif neutre AttrS ], parmi lesquelles notamment aequum est, facile est, difficile est, longum est, melius est, etc. ;
-
des tours [ esse + adjectif verbal AttrS ] ;
Quelques exemples :
Possum Graecam linguam discere.
« Je peux apprendre le grec. » ou, si le contexte amène à sous-entendre que le sujet ne le veut pas, « Je pourrais apprendre le grec. »
Poteram / potui / potueram Graecam linguam discere.
« Je pouvais / j’ai pu / j’avais pu apprendre le grec. » ou, quand le contexte amène à comprendre que le sujet n’a pas actualisé cette possibilité, « J’aurais pu apprendre le grec. »
Nobis domus emenda erat.
« Il nous fallait / aurait fallu vendre la maison. »
Longum est omnia exponere.
« Il est long / il serait (trop) long de tout passer en revue en détail. »
II. L’ordre et la défense (modalité jussive ou injonctive) ¶
Il s’agit des énoncés au moyen desquels le locuteur adresse à son interlocuteur un ordre à proprement parler, mais aussi un conseil, une exhortation vive, une invitation, etc. On parle d’ordre quand la phrase est positive, de défense quand elle est négative.
A. Ordre ¶
- à la 2e personne : impératif présent
Puer, disce Graecam linguam.
« Enfant, apprends le grec. »
Cogitate de Epicuri praeceptis.
« Réfléchissez aux leçons d’Épicure. »
- aux 1re et 3e personnes : subjonctif présent (emploi supplétif à celui de l’impératif aux personnes grammaticales auxquelles ce mode n’existe pas)
Amemus patriam.
« Aimons notre patrie. »
Milites taceant id quod uiderunt.
« Que les soldats taisent ce qu’ils ont vu. »
- L’impératif futur n’est employé que pour une action qui doit être réalisée plus tard, ainsi que dans les textes de lois et les énoncés de préceptes (valables pour l’avenir mais aussi de façon permanente). Il n’y a pas d’équivalent exact en français : on le traduit donc soit par un impératif présent, soit par un indicatif futur.
Anno legitote duos consules.
« Élisez / Vous élirez chaque année deux consuls. »
L’impératif futur passif et déponent ne se rencontre qu’à l’époque archaïque et chez les poètes.
- Pour certains verbes, la forme d’impératif futur s’emploie communément au sens d’un présent : scito, « sache » ; putato, « considère » ; memento, « souviens-toi » ; etc.
B. Défense ¶
- à la 2e personne :
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ne + subjonctif parfait
-
OU forme plus polie : noli(te) + infinitif
Ne hoc feceris.
« Ne fais pas cela ! »
Nolite hoc facere.
« Veuillez ne pas faire cela. » / « Ne faites pas cela, je vous en prie. »
- aux 1re et 3e personne : ne + subjonctif présent
Ne hoc faciamus.
« Ne faisons pas cela ! »
Ne philosophi in Lugduno incenso ingemiscant.
« Que les philosophes ne se lamentent pas au sujet de l’incendie de Lyon ! »
III. Le souhait et le regret (modalité optative) ¶
Il s’agit des énoncés dans lesquels le locuteur manifeste son désir relativement à la réalisation ou à la non-réalisation du procès qu’il mentionne. L’on distingue trois cas de figure :
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si le locuteur envisage le procès comme réalisable : il s’agit d’un souhait (positif ou négatif), qui s’exprime grâce au subjonctif présent ou parfait (si le souhait porte sur un procès qui doit être révolu au moment de l’énonciation) ;
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si le locuteur envisage le procès comme non réalisé dans le présent : il s’agit d’un regret (positif ou négatif) dans le présent, qui s’exprime grâce au subjonctif imparfait ;
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si le locuteur envisage le procès comme non réalisé dans le passé : il s’agit d’un regret (positif ou négatif) dans le passé, qui s’exprime grâce au subjonctif plus-que-parfait.
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L’on constate que ces trois catégories recoupent les modes énonciatifs du potentiel, de l’irréel du présent et de l’irréel du passé (cf. supra).
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La modalité optative est le plus souvent stipulée par l’emploi en tête de phrase de la particule utinam (parfois un simple ut, et en poésie uniquement parfois si non subordonnant), dont la présence permet notamment de la distinguer de la modalité jussive.
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L’adverbe de négation est toujours ne.
Quelques exemples :
Vtinam dei mihi faueant.
« Puissent les dieux m’être favorables ! » [souhait positif]
Vtinam ne Caesar uicerit.
« Puisse César n’être pas victorieux / n’avoir pas vaincu ! » [souhait négatif] (au moment où le locuteur parle, il ne sait pas ce qu’il en est)
Vtinam adhuc omnia Aristotelis opera legeremus.
« Si seulement / Plût au ciel que nous lisions encore aujourd’hui toutes les œuvres d’Aristote ! » [regret positif dans le présent]
Vtinam ne tam uetus essem.
« Si seulement je n’étais pas si vieux ! » [regret négatif dans le présent]
Vtinam adulescentes disciplinarum studiosi fuissemus.
« Si seulement nous nous étions consacrés aux études quand nous étions jeunes ! » [regret positif dans le passé]
Vtinam milites proelium ne reliquissent.
« Plût au ciel que les soldats n’eussent pas abandonné le combat ! » [regret négatif dans le passé]
Vtinam ne Caesar uicisset.
« Si seulement César n’avait pas été victorieux ! » [regret négatif dans le passé] (contrairement à l’exemple supra, au moment où le locuteur parle, il sait ce qu’il en est et le déplore)

