Le discours indirect

Article écrit par F. Robert pour Cours-de-Latin.com

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L’on appelle discours indirect le fait de rapporter des paroles ou des pensées non pas en les présentant telles qu’elles ont été formulées originellement (discours direct), mais sous une forme subordonnée dépendant d’un verbe introducteur, qui permet d’en faire mention en les transplantant dans une nouvelle situation d’énonciation.

L’on peut distinguer plusieurs degrés au sein des « paroles rapportées » (terme grammatical qui inclut aussi les pensées) :

  • discours direct (DD) : Émilie déclara : « Je vais me coucher ! »

  • discours indirect (DI) : Émilie déclara qu’elle allait se couchait.

  • discours indirect libre (DIL), qui se rattache de façon assez lâche à un mot impliquant une situation de parole mais fait disparaître les marques de la subordination : Émilie fit une déclaration. Elle allait se coucher.
    (à charge pour le lecteur ou l’auditeur de comprendre que cette dernière phrase n’est pas imputable au narrateur, mais bien une transposition des paroles d’Émilie)

Dans le passage du DD au DI, il faut être particulièrement attentif à plusieurs éléments pouvant subir des transformations :

  • la nature des propositions ;

  • la concordance des temps liée au phénomène de subordination ;

  • la transformation des éléments référentiels (qui sont liés à la situation d’énonciation) : marques personnelles (pronoms personnels et adjectifs possessifs) et certains connecteurs, notamment de temps et de lieu (ainsi en français hier / la veille ; ici / à cet endroit ; etc.)

I. La transformation des propositions indépendantes

Une proposition indépendante ou principale au DD devient au DI une proposition subordonnée complétive, dont la nature varie en fonction du type de proposition concernée.

DD DI
1 phrase déclarative proposition infinitive

Marcus dixit : « Iulius thesaurum inuenit. »

Marcus dit : « Julius a trouvé un trésor. »

Marcus dixit [ Iulium thesaurum inuenisse ].

Marcus dit que Julius avait trouvé un trésor.

2 phrase interrogative subordonnée interrogative indirecte

Marcus rogavit : « Quis thesaurum inuenit ? »

Marcus demanda : « Qui a trouvé le trésor ? »

Marcus rogavit [ quis thesaurum inuenisset ].

Marcus demanda qui avait trouvé un trésor.

3 phrase jussive

subordonnée non conjonctive au subjonctif

(essentiellement en DIL)

Marcus ita uerbum fecit : « Iuli, da mihi thesaurum. »

Marcus s’exprima ainsi : « Julius, donne-moi le trésor. »

Marcus ita uerbum fecit. Iulius daret ei thesaurum.

Marcus s’exprima ainsi. Que Julius lui donne le trésor.

Pour la concordance des temps, cf. les règles spécifiques aux propositions infinitives et aux interrogatives indirectes. Pour la transformation d’une phrase jussive, le latin utilise le subjonctif présent dans une sphère temporelle (verbe introducteur exprimé ou sous-entendu) présente, et le subjonctif imparfait dans une sphère temporelle passée.

II. La transformation des propositions dépendantes

Les propositions qui étaient déjà subordonnées au DD le restent :

  • les ablatifs absolus, propositions infinitives et subordonnées conjonctives au subjonctif ne changent pas de forme ;

    NB. Les temps des noyaux verbaux des ablatifs absolus et propositions infinitives ne sont pas modifiés dans la mesure où ils ont une portée relative vis-à-vis du verbe de la proposition-cadre et ne suivent donc pas une concordance des temps mécanique.

  • les subordonnées conjonctives à l’indicatif sont automatiquement transposées au subjonctif, selon les règles de la concordance des temps.

  1. Dans les subordonnées qui sont déjà au subjonctif au DD, le temps verbal peut être modifié en application de la concordance des temps si la sphère temporelle change.

    DD Marcus dixit : « Disco Graecam linguam ut sapiens fiam. »

    Marcus dit : « J’apprends le grec pour devenir savant. »

    → DI Marcus dixit [ se discere Graecam linguam ut sapiens fieret ].
    Marcus dit qu’il apprenait le grec pour devenir savant.

Au DD, la phrase est prononcée dans un contexte présent, donc fiam est au subjonctif présent pour exprimer la concomitance/postériorité par rapport au verbe disco. En revanche, au DI, l’ensemble est subordonné au verbe parfait dixit, d’où le subjonctif imparfait pour exprimer la concomitance/postériorité en contexte passé.

  1. Certaines propositions subordonnées peuvent éventuellement demeurer à l’indicatif même au DI / DIL :
  • subordonnées relatives qui expriment une catégorie générale (ea quae uidemus, « ce que nous voyons »), une réflexion personnelle de l’auteur ou une explication incidente ;

  • quand il s’agit d’insister sur la réalité d’un fait (isolé ou d’expérience) ;

  • avec la tournure figée dum + indicatif présent, « pendant que » ou gérondif « en faisant ».

Une difficulté particulière réside dans l’expression des différentes catégories hypothétiques selon la nature des propositions. Voici un tableau synthétique qui donne à voir de façon synoptique la façon dont chaque modalité s’exprime dans les différents cadres syntaxiques possibles :

Catégorie hypothétique Éventuel Potentiel Irréel du présent Irréel du passé
prop. non dépendantes, subordonnées normalement à l’indicatif et hypothétiques indicatif futur subjonctif présent subjonctif imparfait subjonctif plus-que-parfait

prop. subordonnées normalement au subjonctif ou de transposition en DI(L)

a) contexte présent

-urus sim

subjonctif présent

(ou -urus sim)

subjonctif imparfait -urus fuerim
b) contexte passé subjonctif imparfait

subjonctif imparfait

(ou -urus essem)

subjonctif imparfait -urus fuissem
prop. infinitive -urum esse -urum esse -urum fuisse -urum fuisse
cas particulier des subordonnées hypothétiques dans DI(L) en contexte passé subjonctif imparfait / plus-que-parfait subjonctif imparfait subjonctif imparfait subjonctif plus-que-parfait

III. Les marques personnelles

Au DI, il faut faire particulièrement attention aux marques personnelles, et toujours se représenter mentalement la situation de communication pour identifier le référent ou déterminer avec précision le pronom personnel ou adjectif possessif à utiliser.

Il convient d’être particulièrement vigilant sur l’emploi des réfléchis à la 3e p. : la construction au DI implique fréquemment l’emploi de réfléchis indirects (qui ne renvoient pas au sujet de la proposition dans laquelle ils se trouvent, mais au sujet du verbe introducteur).

Iulius dixit sibi thesaurum esse.

Julius dit que le trésor lui (= à Julius) appartenait.

Iulius dixit ei thesaurum esse.

Julius dit que le trésor lui (= à une tierce personne) appartenait.

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F. Robert
Écrit par F. Robert

Professeur agrégé de Grammaire

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