I. Structure et variété d’emplois ¶
ut / ut non (parfois quin) + subjonctif
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Conséquence positive
Imperator uictor Urbem rediit ut triumphus fieret.
« Le général rentra à Rome vainqueur, [ si bien qu’un triomphe eut lieu ]. »
En français, quand le sujet d’une subordonnée normalement au subjonctif est coréférent du sujet du verbe introducteur, la proposition subordonnée est ordinairement remplacée par un groupe infinitif.
Marius ita multas copias coegit ut hostes uinceret.
« Marius rassembla de nombreuses troupes de façon à vaincre les ennemis. » (litt. « de façon à ce qu’il vainquît »)
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Conséquence négative
Hodie aeger est puer ut in scholam non ueniat / eat.
« Aujourd’hui le garçon est malade, si bien qu’il ne va pas à l’école. »
Étant donné que la négation s’exprime par un mot indépendant (contrairement aux circonstancielles finales où elle se soude avec la conjonction de subordination ne), les autres mots négatifs peuvent être utilisés tout comme l’adverbe non : ut nemo, ut nihil, ut nullus, ut numquam, ut nusquam.
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Conséquence négative après une principale elle-même négative : quin peut se substituer à ut non (pas obligatoire)
Non tam prudens est hic homo ut non / quin decipi possit.
« Cet homme n’est pas si avisé qu’il ne puisse être trompé. »
- En règle générale, la subordonnée circonstancielle consécutive est annoncée dans la principale (qui précède systématiquement) par un mot corrélatif :
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adverbes :
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portant sur le verbe et, partant, l’intégralité de la proposition : ita, sic, tantum, adeo, eo, « tant », « tellement », « à tel point », « à ce point », etc.
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portant sur un adjectif ou un adverbe : tam, « si », « à ce point », « tellement »
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adjectifs, dont le sémantisme met en évidence telle ou telle caractéristique de l’objet, laquelle s’avère le pivot / socle de la conséquence :
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talis, e : « tel », « de telle nature », « de telle sorte » (insistance sur la nature, la qualité) + emploi plus rare de is, ea, id dans le même sens
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tantus, a, um : « si grand », « de telle taille », « de telle importance » (insistance sur la grandeur)
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tot (= tam multi, adjectif indéclinable) : « si nombreux », « en si grand nombre » (insistance sur la quantité)
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Quelques exemples :
Sic ornabo domum ut opulentum templum uideatur.
« Je décorerai la maison de telle façon qu’elle subjonctif l’impression d’un riche temple. »
Illa puella tam pulchra est ut omnes uiros delectet.
« Cette jeune fille est si belle qu’elle charme tous les hommes. » (ou : « belle au point de… »)
Puero est tale ingenium ut omnia facile intellegat.
« Le garçon a une telle intelligence qu’il comprend tout aisément. » (ou : « une intelligence de nature à lui permettre de… »)
Tot arma ferebat miles ut leuiter non moueri posset.
« Le soldat portait tant d’armes qu’il ne pouvait pas se mouvoir avec légèreté. »
- Expressions apparentées incluant une notion de conséquence :
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tam (+ adjectif / adverbe) quam ut… « assez pour… »
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comparatif de supériorité quam ut… « trop pour… »
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tantum abest ut… ut… « tant s’en faut que… que… » (la première subordonnée introduite par ut + subjonctif est une complétive sujet d’abest ; la seconde est une circonstancielle consécutive)
Quelques exemples :
Tam docti non estis ut Graece scriptos libros intellegatis.
« Vous n’êtes pas suffisamment instruits pour comprendre des livres écrits en grec. »
Fabula ista placentior est quam ut credatur.
« Cette histoire est trop plaisante pour qu’on la croie / y accorde crédit. » (litt. « pour qu’elle soit crue »)
Tantum afuit iste praetor ut probus esset ut multa rapuerit multosque interfecerit.
*litt. *« Ce préteur fut si loin d’être honnête qu’il vola beaucoup d’objets et tua beaucoup de gens. » → « Bien loin d’être honnête, ce préteur vola…
- L’expression de la conséquence inclut parfois une focalisation sur la manière (« dans des conditions telles que… », « de telle manière que… »).
Romani ita pugnauerunt ut uincerent.
« Les Romains combattirent de telle façon qu’ils remportèrent la victoire / de façon à remporter la victoire. »
- Dérivant de l’emploi précédent, une subordonnée introduite par ut non ou quin peut être traduite « sans que… ».
Numquam discipuli loquuntur ut non / quin magister irascatur.
litt. « Les élèves ne parlent jamais de telle façon que le maître ne se mette pas en colère. » → « Les élèves ne parlent jamais sans que le maître se mette en colère. »
Non possum Plauti fabulam legere ut non / quin rideam.
litt. « Je ne peux lire une pièce de Plaute si bien que je ne rie pas. » → « Je ne peux lire une pièce de Plaute sans rire. »
- (Ita) ut… au sens restrictif : « à la condition que… », « de telle sorte cependant que… », « tout en… ».
Ita probanda est clementia ut adhibeatur rei publicae causa seueritas. (Cic., De Officiis, I, 88)
« Il faut approuver la douceur à la condition d’employer / de façon toutefois à employer / tout en employant la sévérité dans l’intérêt de l’État. »
II. L’emploi des temps du subjonctif ¶
La concordance des temps normale au subjonctif s’applique en règle générale. L’expression de la conséquence envisageant ipso facto un procès postérieur à la sphère temporelle du verbe introducteur, on trouve ainsi surtout le subjonctif présent (contexte présent ou futur) ou imparfait (contexte passé).
MAIS l’on rencontre également deux emplois spécifiques aux subordonnées circonstancielles consécutives en contexte passé :
- Subjonctif présent, pour indiquer que la conséquence d’un fait passé se fait encore sentir au moment de l’énonciation :
Sic negotia gessit ut (nunc) diuitissimus sit.
« Il fit des affaires si bien qu’il est (à présent) très riche. »
- Subjonctif parfait, pour souligner la réalisation effective de la conséquence ou stipuler qu’il s’agit d’un résultat permanent :
Tot libros legit ut doctior factus sit quam magister.
« Il lut tant de livres qu’il devint plus instruit que son maître. »
Contrairement au grec (ὥστε + infinitif ou indicatif), le latin ne distingue pas entre conséquence logique et conséquence effective / actualisée. C’est le contexte qui doit déterminer la façon de traduire (insistance ou non sur l’effectivité de la conséquence). Seul l’emploi précédent du subjonctif parfait conserve cette nuance.
III. Autre expression de la conséquence ¶
Le lien logique de conséquence peut être exprimé entre deux propositions de même niveau hiérarchique par le biais d’une conjonction de coordination ou d’un adverbe :
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souvent en 1re position :
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ergo : « donc », « par conséquent »
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itaque, quare, quamobrem, quapropter : « c’est pourquoi », « aussi »
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en 2e position : igitur

