I. La subordonnée circonstancielle concessive ¶
La subordonnée circonstancielle concessive peut être introduite par différentes conjonctions de subordination, et c’est de ces dernières que dépend le mode verbal. La négation est en revanche toujours non.
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Quamquam (quanquam), etsi, tametsi + indicatif
Quamquam ei fabulae placerent, iam diu a theatro aberat.
« Bien qu’il appréciât les pièces, il y a déjà longtemps qu’il demeurait à l’écart du théâtre. »
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Cum + subjonctif
Cum istam rem expectaremus, eam difficile tulimus.
« Alors que nous nous attendions à cet événement, nous avons eu du mal à le supporter. »
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Quamuis (+ adjectif ou adverbe) + subjonctif
Quamuis honestus sit, ille consul falsis criminibus circumventus est.
« Quoiqu’il soit honnête, ce consul est en butte à de fausses accusations. »
OU pour mettre en évidence la portée spécifique de la concession : « Tout / Si / Quelque honnête qu’il soit,… » -
Ut + subjonctif « en admettant que, à supposer que »
Ut ille domi non sit, tamen ei clades nuntianda est.
« À supposer que cet homme ne soit pas chez lui, le désastre doit cependant lui être annoncé. »
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Etiam si / etiamsi + indicatif ou subjonctif
Si les autres subordonnées concessives au subjonctif suivent les règles ordinaires de la concordance des temps ((cf. fiche « Les subordonnées complétives. Généralités »), celles introduites par etiam si, en un ou deux mots, et parfois également par si tamen, au sens de « même si », « quand bien même », suivent en revanche les règles spécifiques des subordonnées de condition en fonction des différentes modalités hypothétiques (réel, éventuel, potentiel, irréel du présent, irréel du passé).
Vobis obtemperabimus, etiamsi stulta iubebitis.
« Nous vous obéirons, même si vous formulez des commandements stupides. » [éventuel]
Si tamen eos iuuauissemus, offendissent.
« Quand bien même nous les aurions aidés, ils auraient échoué. » [irréel du passé]
Quand la subordonnée concessive précède la principale, celle-ci débute souvent par un adverbe ou une conjonction qui n’a pas de fonction de coordination mais souligne la relation logique de concession (fonction de corrélation) :
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tamen (qui peut être ici en 1re position) : « pourtant, cependant, néanmoins »
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at, certe, saltem : « du moins »
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nihilominus : « néanmoins »
II. Autres expressions de la concession et de l’opposition ¶
A) Tournures phrastiques spécifiques ¶
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Hors de toute structure de subordination, une proposition indépendante au subjonctif peut exprimer un élément concédé qui ne remet pas en cause pour autant la validité de la proposition à l’indicatif avec laquelle elle est juxtaposée.
Multos libros legerit, omnia non scit.
« Il a beau avoir lu beaucoup de livres, il ne sait pas tout. »
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L’impersonnel licet, « il est permis », « il est possible », pouvait se construire avec une proposition infinitive ou avec une complétive au subjonctif non conjonctive. Par une évolution de certains de ses emplois, licet en est venu, à l’époque postclassique, à devenir l’équivalent d’une conjonction de subordination (toujours suivie du subjonctif présent ou parfait en raison de la concordance des temps originelle).
Licet nunc adgrediamur ; mihi tamen melius uideor paulum exspectare.
« Il nous est permis d’attaquer maintenant ; cependant il me semble préférable d’attendre un peu. »
→ Licet nunc adgrediamur, mihi tamen melius uideor paulum exspectare.
« Bien que nous puissions attaquer maintenant, il me semble cependant préférable d’attendre un peu. »
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Licet conserve souvent une notion de possibilité inhérente à son sémantisme verbal (d’où l’ajout d’un auxiliaire modal « pouvoir » dans la traduction, ou d’une tournure comme « dût-on »).
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Du fait de son origine verbale, il arrive que licet, en dépit de son rôle de conjonction de subordination, ne soit pas placé en tête de la proposition.
Fremant omnes licet, dicam quod sentio. (Cicéron, De Oratore, I, 195)
« Dussent tous protester, je dirai ce que je pense. »
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Nedum + subjonctif : « bien loin que… » (ordinairement après une principale négative ou comportant un adverbe uix)
Ille non potest, nedum tu possis.
« Lui ne le peut pas, bien loin que toi tu puisses. » (= toi encore moins)
B) Expressions de la concession et de l’opposition recourant à d’autres catégories grammaticales ¶
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Lien logique d’opposition exprimé entre deux propositions de même niveau hiérarchique par le biais d’une conjonction de coordination ou d’un adverbe :
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en 1re position :
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sed (originellement uniquement après un premier membre négatif)
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uerum
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at : « mais, et pourtant, au contraire » (+ composés et collocations comme atqui, « et pourtant » ; attamen, « mais cependant » ; at enim, « mais, diras-tu / dira‑t‑on »)
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en 2e position :
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autem : « or, mais » (intensité très faible, équivalent de la particule δέ en grec, ne se traduit souvent pas, ou bien par un simple « et »)
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uero
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tamen : « cependant, pourtant »
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Syntagmes prépositionnels
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contra + accusatif « contrairement à »
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praeter + accusatif « contrairement à » ; « excepté », « sauf », « hormis »
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Appositions, et notamment participes apposés (la valeur de concession ou d’opposition est souvent manifestée par une conjonction de subordination placée en tête à la façon d’une particule : quamquam, etsi, tametsi et quamuis [quand l’opposition porte sur un degré d’intensité d’une qualité, c’est-à-dire devant un adjectif)
Quamquam nocens, non damnatus est.
« Quoique coupable, il ne fut pas condamné. »
Quamuis callidus, deceptus est.
« Bien que rusé / Tout rusé qu’il soit, il a été trompé. »
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Ablatif absolu (valeur concessive parfois précisée par quamquam ou etsi)
Nuntiato Caesaris aduentu, hostes non fugerunt.
« Bien que l’arrivée de César eût été annoncée, les ennemis ne s’enfuirent pas. »
= « Malgré l’annonce de l’arrivée de César,… »
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Relative au subjonctif (la valeur concessive n’est pas la plus fréquente)
Ille nihil dixit qui ueritatem nouisset.
« Il ne dit rien, lui qui savait pourtant / alors qu’il savait la vérité. »
Nuance de sens voisine : expression de la restriction (souvent accompagnée de quidem).
Ille fortissimus est omnium quos (quidem) nouerim.
« Cet homme est le plus courageux de tous ceux que (du moins) je connaisse / connais. »

