La proposition subordonnée circonstancielle comparative et l’expression de la comparaison

Article écrit par F. Robert pour Cours-de-Latin.com

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La comparaison est une expression grammaticale du phénomène linguistique de l’analogie, qui consiste à mettre face à face deux réalités, soit pour stipuler leur équivalence, soit pour mettre en évidence des différences de degré entre elles.

Du point de vue de l’histoire de la langue, l’expression de l’identité dans la comparaison constitue un développement spécifique de la structure syntaxique des subordonnées relatives : une analogie est créée par le biais de la corrélation entre un élément déictique dans la principale et l’élément subordonné. Cette structure est toujours bien identifiable quand l’élément en corrélation est un pronom qui se fléchit (pour les subordonnées relatives à portée comparative, cf. infra II ainsi que la fiche « La proposition subordonnée relative ») ; quand il s’agissait d’un élément adverbial, donc invariable, le mot subordonné a été progressivement appréhendé comme une conjonction de subordination.

I. La subordonnée circonstancielle comparative (négation non)

  1. Comme en français, les subordonnées comparatives sont le plus souvent elliptiques : seul apparaît l’élément sur lequel repose l’analogie, tandis que les autres mots, identiques à la proposition dont elle dépend, sont sous‑entendus.

    Ex : Je regarde les mêmes films que Pierre (regarde).

  2. Quand ils sont exprimés, les verbes des comparatives sont aux mêmes modes et temps que dans une proposition indépendante : indicatif le plus souvent, mais aussi subjonctif potentiel ou irréel.

A. Conjonctions ut, sicut, uelut, quemadmodum (parfois aussi quomodo, tamquam)

+ variantes avec particules déictiques : uti, sicuti, ueluti

Le plus souvent est employé un adverbe corrélatif dans la proposition dont dépend la comparative : ita ou sic.

Nemo sic uerba fecit ut Cicero.

« Personne ne s’exprima comme / de la même façon que Cicéron. »

Velut cerui in siluis bene notis se abdunt, ita fures in urbibus.

« De même que les cerfs se cachent dans les forêts qu’ils connaissent bien, (de même) [font] les voleurs dans les villes. »

Quelques expressions idiomatiques :

  • parfois, avec la subordonnée en 1re position (utita / sic), expression d’un contraste existant entre deux affirmations également vraies : « si (s’il est vrai que)… par contre / du moins… »

  • dans les affirmations solennelles, itaut… peut signifier « aussi vrai que »

  • ut uere loquor, litt. « autant que je dis vrai » ; est sous-entendu dans des formules de souhait comportant ita : ita me di ament, « Puissent les dieux me chérir (autant que je dis vrai) ! »

B.

Conjonction quam dès lors qu’il y a un comparatif (cf. aussi fiche « Les degrés des adjectifs » ou un verbe dont le sémantisme implique une comparaison (malle « préférer », praestat « il vaut mieux »).

Nemo tam studiose uerba fecit quam Cicero.

« Personne ne s’exprima avec autant de passion que Cicéron. »

Puto culpam eius maiorem esse quam dignitatem.

« Je considère que sa faute est plus grande que son mérite. »

Minus fratribus fidebat quam amicis.

« Il se fiait moins à ses frères qu’à ses amis. »

Hic poeta illustrior est quam putes.

« Ce poète est plus célèbre que l’on pourrait penser. » (subjonctif potentiel à la 2e personne du singulier., indéfini)

Malo mori quam seruire.

« J’aime mieux mourir que d’être esclave. »

Cas particulier de potius quam

  • les verbes des deux propositions sont au même mode : simple comparaison

    Verres potius rapuit quam cepit.

    « Verrès a dérobé plutôt qu’il n’a pris. »

  • + subjonctif quand expression d’une préférence

    Potius Romae mansit quam in uillam suam iret.

    « Il resta à Rome plutôt que d’aller dans son domaine. »

C. Les subordonnées comparatives hypothétiques (« comme si… »)

Elles sont introduites par :

  • quasi, tamquam + subjonctif (règles habituelles de concordance des temps)

  • ut si, uelut si, perinde ac si, tamquam si (syntaxe des hypothétiques, cf. fiche « Les subordonnées hypothétiques »)

Paulum amo quasi meus frater sit. / tamquam si meus frater esset. (irréel du présent)

« J’aime Paul comme s’il était mon frère. »

II. Les subordonnées relatives comparatives

Dans de très nombreux cas, l’expression de la comparaison prend la forme d’une subordonnée relative dont le pronom ou l’adverbe relatif entre dans un système de corrélation qui met en évidence le domaine de la comparaison / de l’analogie.

L’acte de prédication est différent selon que la subordonnée suit ou précède la principale, d’où des traductions différentes :

Comparaison portant sur Principale - Subordonnée Subordonnée - Principale
Pronoms-adjectifs
la nature, la qualité talis… qualis… « tel… que… » qualis… talis… « tel… tel… »
la grandeur tantus… quantus… « aussi grand… que… » quantus… tantus… « aussi grand… aussi grand… »
la quantité

tot… quot… (invariables) « aussi nombreux / autant de… que (de)… »

OU tam multi… quam multi…

quot… tot… « aussi nombreux… aussi nombreux… / autant de… autant de… »

OU quam multi… tam multi…

Adverbes
l’intensité 1 tantum… quantum… « autant… que… » quantum… tantum… « autant… autant… »
la durée tamdiu… quamdiu… « aussi longtemps… que… » quamdiu… tamdiu… « aussi longtemps… aussi longtemps… »
la fréquence toties… quoties… « autant de fois… que… » quoties… toties… « autant de fois… autant de fois… »
la proportion 2 eo (+ comp.)… quo (+ comp.) « d’autant plus… que… » quo (+ comp.)… eo (+ comp.) « plus… plus… »

Talis filius est qualis pater.

« Le fils est tel que / de même sorte que le/son père. »

Qualis pater, talis filius.

« Tel père, tel fils. »

Eo laetiores sunt quo plus uincunt.

« Ils sont d’autant plus contents qu’ils remportent plus de victoires. »

Quo plus vincunt, eo laetiores sunt.

« Plus ils remportent de victoires, plus ils sont contents. »

1 Tantum / quantum s’utilisent quand l’intensité porte sur un verbe ou quand ils sont pronoms figés au neutre complétés par un nom ou un adjectif au génitif ; quand l’intensité porte sur un adjectif ou un adverbe, on utilise tam / quam (comparatif d’égalité).

Amicos tantum domum uocare mihi placet quantum uisere.

« J’aime autant inviter mes amis chez moi que leur rendre visite. »

In balneum tam saepe eo quam in palaestram.

« Je me rends aux thermes aussi souvent qu’à la palestre. »

2 Variations sur l’expression de la proportion :

  • l’adverbe eo peut être remplacé par hoc ou tanto ; quo peut être remplacé par quanto
  • quand la subordonnée ne comporte pas de comparatif, elle est introduite par quod (au lieu de quo)
  • autre expression possible de la proportion : ut quisque (+ superl.)… ita / sic (+ superl.)…, « plus on… plus on… »

III. Les adjectifs et adverbes de comparaison

Avec les adjectifs et adverbes exprimant la ressemblance, l’égalité ou la différence, il n’y a pas de subordination mais leur complément est construit à l’aide de la **conjonction de coordination ac / atque ** :

  • idem ac : « le même que… »

  • par ac, aequus ac : « égal à »

  • perinde, proinde ac : « de même que », « tout comme »

  • pariter ac : « de la même façon que »

  • aeque ac : « autant que »

  • alius ac : « autre que »

  • aliter ac : « autrement que »

MAIS aussi quelques autres constructions spécifiques :

  • idem qui… : « le même que » (subordonnée relative)

  • nihil aliud nisi… : « rien d’autre que / si ce n’est » (subordonnée circonstancielle hypothétique négative)

  • quid aliud nisi…, « quoi d’autre que » (subordonnée circonstancielle hypothétique négative)

Alium magistrum ac tu (es) filio meo eligo.

« Je choisis pour mon fils un autre maître que toi (tu n’es). »

Romanine deos pariter colebant atque Ægypti (colebant) ?

« Les Romains vénéraient-ils les dieux de la même façon que les Égyptiens (le faisaient) ? »

Ille est idem cuius memineram.

« Cet homme est le même que dans mon souvenir. » (litt. « que je me rappelais »)

IV. Autres expressions de la comparaison

A.

N’importe quelle apposition nominale peut être dotée d’une valeur circonstancielle de comparaison, laquelle est ordinairement stipulée par l’emploi d’un ut devenu particule.

Paulum amo ut fratrem.

« J’aime Paul comme un frère. »

Hoc lapide ut telo usus est.

« Il se servit de cette pierre comme d’une arme. »

Ces cas de figure sont en réalité des subordonnées conjonctives circonstancielles elliptiques, sans corrélation.

B.

Un participe apposé ou un ablatif absolu peuvent être investis d’une valeur circonstancielle de comparaison hypothétique. Celle-ci est le plus souvent soulignée par l’emploi comme particules de uelut, sicut ou quasi.

Exercitus quasi uictus in castra rediit.

« L’armée rentra au camp comme si elle avait été vaincue. »

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F. Robert
Écrit par F. Robert

Professeur agrégé de Grammaire

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